Triste nouvelle, Alain Troubat a pris le large

On vient de l’apprendre, Alain Troubat, grand cuisinier et homme du grand large, s’en est allé inopinément ce matin, victime d’un cœur trop délicat. Ses proches, ses amis, ses confrères sont sans voix, sous le choc.

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S’il avait quitté Bruxelles et son Stirwen depuis quelques mois pour rejoindre sa Bretagne natale, il restait proche de nombreux jeunes restaurateurs de la capitale et du Hainaut, qu’il conseillait autant qu’il soutenait. Il venait souvent cuisiner chez ses copains, que ce soit à la Charcuterie ou à l’Esprit Bouddha où beaucoup se préparaient à le retrouver la semaine prochaine. Il nous semblait bien, plus tranquille, comme apaisé, à profiter de la vie, de sa famille, tout en partageant ses humeurs et ses connaissances. Ce cuisinier hors pair était réputé auprès des fins becs pour son Lièvre à la royale ou une tête de veau sauce gribiche qui laisseront du souvenir. Alain, c’était pourtant bien plus que la maîtrise des classiques de la Cuisine bourgeoise. Le cuisinier avait commencé sa carrière dans la Marine nationale française début des années 60, y apprenant la rigueur, tout en s’ouvrant aux cuisines des îles et du bout du monde. Il passa de longues années en Afrique, notamment à Kinshasha où il s’est fait connaître à la Devinière, la plus grande table du Zaïre de l’époque. En 1991, il s’installe à Bruxelles, ouvre le Stirwen, l’ « étoile blanche », un phare. Il y séduit les ventres les plus délicats pendant plus de vingt ans d’une cuisine classique, très maîtrisée, sans esbroufe ni gestes gratuits. Mais on insiste, Alain était un chef ouvert à toutes les cuisines du monde, tant qu’elles fussent portées par la gourmandise et l’authenticité, ainsi qu’aux grands vins, sa carte étant une des plus belles de la capitale. Son talent et son sens du festin nous manqueront. Photo chez son ami Evan à qui l'on pense fort, ainsi qu'à la famille.

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