Aimer le Vin (Extrait 4)

À se promener à travers les paysages du Piémont. Puis, à La Morra, à écouter Pietro Ratti parler de son père et raconter l’évolution des vins du Piémont, du barolo, du nebbiolo et du barbera, considérés aujourd’hui comme les plus prestigieux d’Italie. À goûter, à la cantina, le « Barbera d’Alba 2015 », puis le « Nebbiolo d’Alba 2015 », puis le « Barolo Marcenasco 2013 ».

Italie Vigneron Piemont Pietro Ratti

1978. Conseillé par Sergio Nebbia, un courtier qui représentait la région des Langhe et Monferrato, Jacques Pirard se rend dans le Barolo, l’appellation réputée du Piémont italien. En quelques jours, le Belge y rencontre les vignerons qui deviendront quelques années plus tard les ambassadeurs du renouveau du barolo : Angelo Gaja, Bruno Giacosa et Renato Ratti. Convaincu de découvrir ce qu’il avait découvert en Bourgogne vingt ans plus tôt, le Belge les invite tous à rejoindre son catalogue. Angelo Gaja fait le déplacement à Genappe, impressionné par les qualités de dégustateur de Jacques Pirard. Ils vont ensemble rencontrer différents restaurateurs. Mais la collaboration ne se confirmera pas, ces vins étant alors considérés comme trop chers pour la gastronomie italienne en Belgique et le consommateur belge. De ce premier voyage au Piémont, reste Renato Ratti, figure historique au Piémont. 

Italie Piemont Paysage1

Emmanuel Pirard

Vous arrivez au domaine l’année où votre papa est décédé.

Pietro Ratti

Oui, je suis sorti de l’université l’année de son décès. Je n’étais pas vraiment formé pour cela. J’avais grandi comme mon frère aîné à l’écart du domaine. À mon arrivée, j’ai été confronté à une situation délicate. Poussés par la presse, de nombreux producteurs de raisins ont décidé de mettre en bouteilles eux-mêmes, à l’image de ce qui s’était passé en Bourgogne. C’était un problème pour nous car nous nous ne possédions pas de terres. Les domaines importants du Piémont des années 80 – Pio Cesare, Ceretto, Gaja, Bruno Giacosa, Vietti,– achetaient jusqu’à 90 % de leurs raisins.

Emmanuel Pirard

Et c’est à cette époque que la réputation du barolo explose.

Pietro Ratti

Tout cela était lié… Le millésime 1990, mis en vente en 1994, a tout changé. Les notes de Parker, dans le Wine Spectator, ont bouleversé notre réputation... Du jour au lendemain, le monde voulait du barolo… J’ai heureusement pu convaincre la famille d’acheter des terres. Je n’agissais pas pour investir, mais parce que j’avais besoin de raisins pour faire du vin. J’ai eu un peu de chance car j’avais un très bon maître de chai, un fils de paysan. Il connaissait tout le monde. Il m’a aidé. Les achats se faisaient alors par les connexions. Aujourd’hui, il suffit d’avoir de l’argent, beaucoup d’argent… Mais à l’époque, les connexions parlaient... Il y avait ce maître de chai et la réputation de mon père. Papa était apprécié des producteurs. Il payait correctement ses fournisseurs. Pour lui, tout le monde pouvait se partager le gâteau. Cela a aidé. On est arrivés en quelques années à disposer de 40 hectares, en propriété et en locations. Avant mon arrivée, nous achetions 80 % de nos raisins ; on produit aujourd’hui 80 % de nos raisins.

Emmanuel Pirard

Le vin a-t-il changé ?

Pietro Ratti

Nous sommes restés dans une approche traditionnaliste, mais on ne fait plus du vin comme autrefois. Déjà, à l’époque de mon père, le vin avait changé. (La suite dans le livre...)

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